Chirens

et les limites des Terres Froides

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Textes - Photos : Pierre Carre

Connaissez-vous Nyons, cette petite ville du sud de la Drôme ? Historiquement elle fait incontestablement  partie du Dauphiné et pourtant, lorsque vous y entrez un panneau, très officiel, vous annonce : « Nyons en Drôme provençale » !  Or, malgré les oliviers et les   lavandes,  la Provence est encore bien loin puisqu’il faut dépasser le comtat Venaissin, au-delà de Cavaillon, pour en franchir les  frontières. Soit plus de 70 km plus au sud ! Au Sud-Est il faudra parcourir 60 km par la route avant de se trouver sous le soleil de le province de toutes les convoitises. Cette  appellation récente n’est que le résultat de la tyrannie de l’image et de l’industrie   touristique  avec la complicité et, parfois, l’ignorance des responsables politiques ou de fonctionnaires zélés.

On cherche donc à tout prix à intégrer cette Provence  du soleil, de Pagnol et de la douceur de vivre ; on en  étire les limites tant et plus vers le Nord.

 

C’est exactement le contraire pour les Terres-Froides !

 

Nyons, en " Drôme provençale"

Les Terres Froides, c’est cette « patate chaude qu’on se refile », dont on repousse les limites, qu’on ratatine, dont on se défend d’y appartenir tant son nom seul vous glace le dos. Amusez-vous à poser la question « êtes-vous dans les Terres Froides ? » (je l’ai testé souvent à Chirens et ailleurs) et on vous répondra presque immanquablement : « non, on est à la limite (et, montrant du doigt) ça commence juste après ».

 

Déjà, en 1953, une étude de P. Saint-Olive corroborait cette remarque : « on place le centre [des Terres Froides] sur la ligne Biol-Bizonnes-Châbons, mais (…) nul n’est capable, pas même les habitants du pays, d’en définir la périphérie. Surtout pas les habitants du pays ! Un complexe d’infériorité rôde autour de cette désignation. Chacun l’accepte pour ses voisins, mais il le  refuse pour lui-même. »

 

Et pourtant, il n’en a pas été toujours ainsi. Il est même amusant de constater qu’autrefois (jusqu’à ce que le système fiscal se clarifie) les paysans revendiquaient leur appartenance aux terres froides, ces terres aux conditions de culture difficiles, aux récoltes incertaines, et dont on exagérait volontiers les inconvénients afin d’émouvoir et d’en tirer quelque clémence fiscale!

 

Donc, si l’on en croit les habitants, Chirens ne serait pas dans les Terres Froides ?

A Chirens deux types de toits se côtoyen : d'une part toits à 4 pans inclinés à 35 degrés ou plus, avec coyaux, et couverts de tuiles écailles, et, d'autre part, des toits à faible pente, autour de 19 à 25 degrés, couverts de tuiles canal (ou du moins, comme sur la photo, l’a été) qu’on rencontre dans les vallées de l’Isère et de la Bièvre. Notre commune est donc bien à la limite. À la limite, oui, mais dans ou hors des Terres Froides ?

Quelques recherches ont été nécessaires pour apporter une réponse à cette interrogation.

Internet ne nous apprend pas grand-chose, sinon que les Terres Froides correspondraient, grosso-modo, à ce petit plateau du Nord-Isère dont la terre, trop argileuse, se réchaufferait lentement au printemps. Cette définition tendant actuellement à s’imposer est bien trop partielle, voire simpliste, et de toutes façons très imprécise (et même en partie contradictoire) pour définir ce territoire . La réponse est plus complexe.

 

En définir les limites est une opération délicate car les Terres Froides ne correspondent à aucune individualité géologique, géographique ou culturelle nette et pas davantage à une entité administrative.

 

De plus l’expression « terre froide » peut porter à confusion.

 

En effet, on parlait autrefois de terres chaudes pour les terres enrichies de fumier ( nommé alors « la bonne graisse ») qu’on répandait fumant (en pleine fermentation) lors de périodes fraiches ou froides. On était alors convaincu que réchauffer la terre favorisait les bonnes récoltes. Or les « terres chaudes » étaient souvent groupées dans les zones les plus favorables, autour des villages. A contrario, les terres froides, donc non fumées, étaient cultivées en suivant l’alternance de jachères sur des cycles de 2 ou 3 ans ou réservées à la pâture. Terres chaudes et terres froides peuvent donc entretenir la confusion en ne correspondant à aucune région mais à un fractionnement du terroir plus ou moins diffus et sur des surfaces variables.

 

D’autre part, nommer une zone géographique est souvent affaire de voisinage : il est des Terres Froides en Bretagne dont les conditions climatiques sont autrement plus clémentes qu’en Bas-Dauphiné tandis qu’une partie du Bugey plus rude et froide que notre région ne se voit pas affublée d’un nom qui vous refroidie rien qu’à l’entendre nommée car elle côtoie le Haut Jura encore plus froid.

De ce point de vue, nos Terres Froides pâtissent de la promiscuité de zones aux conditions climatiques plus douces : Terres Basses et l’Île Crémieu au nord, et les « terres chaudes » au sud et à l’ouest (vallées de l’Isère, de la Bièvre, de la Valloire et du Rhône).

D’autres critères que la nature du sol  permettent d’affiner la notion de terres froides, bien que celle-ci tienne sa part de responsabilité.

 

1- L’altitude, facteur aggravant, qu’il faut combiner parfois à une exposition défavorable et aux vents dominants froids ou/et humides.

 

2- L’humidité : le nord-Isère était parsemé de très nombreux lacs, étangs et marécages qui provoquaient de l’automne au printemps la formation de brumes et brouillards qui, entre autre, aggravaient les effets des gelées tardives du printemps. C’est l’une des raisons pour lesquelles on en draina ou en assécha un très grand nombre depuis le XVIIIème siècle, dont l’étang (le marais) de Chirens.

Pour de préserver "de l'air fétide" des nombreux étangs et des marais, mais aussi des brouillard des périodes froides, nombre d'entre eux furent drainés ou asséchés à partir du milieu du XVIIIème siècle, dont ceux de Chirens

(autour de 1770).

Si toutes ces remarques permettent de mieux cerner les Terres Froides, leurs frontières n’en sont pour autant aisément identifiables.

 

Ce   sont   les   archives   qui   vont   nous   permettre   de répondre à notre question initiale.

 

Quelques très rares documents citent au moyen-âge la « Terra Frigida », sans autre précision.

Plus tard, et même s’il faut y apporter des nuances et quelques précisions, on trouve enfin la réponse à notre interrogation dans un ouvrage du début du XVIème siècle rédigé par Aymar du Rivail (ami et premier biographe du chevalier Bayard) : « en deçà du Pont de Beauvoisin sont les Terres Froides où, à cause de la rigueur de la température, il ne croît aucune vigne… ».

On retrouvera à plusieurs reprises, principalement  au  XIXème siècle, cette idée que les Terres Froides correspondent à un vaste territoire du Bas-Dauphiné où la culture de la vigne y est impossible ou anecdotique.

 

Nous avons enfin la définition de nos Terres Froides.

 

Il ne nous reste donc plus qu’à déterminer où l’on cultivait la vigne autrefois.

Malheureusement, cette démarche n’est simple qu’en apparence car, depuis le XVIème siècle, de nombreux facteurs ont varié ou évolué : le climat (légèrement), les techniques agricoles (beaucoup) et, surtout, les espèces de vignes disponibles et cultivées.

Cependant L. Champier, en 1955, disposant de données suffisamment fiables et précises détermina les limites de la culture de la vigne au milieux du XIXème siècle et, par là même, désigna enfin les limites des Terres Froides (carte ci-dessous).

 

Les données dont disposent les historiens nous autorisent à penser que cette situation a peu changée au cours des siècles, et ce, jusqu’aux dernières décennies du XIXème siècle.

 

Plateau de

Chambaran

Terres  Froides

Les  vignobles  principaux  et   continus   délimitent  de façon   particulièrement éloquente les Terres Froides :

 

    - les Terres Basses (TB), l’Ile Crémieu (IC) et la plaine de Lyon (PL) au nord.

 

    - les contreforts des collines et Balmes Viennoises (CBV) à l’ouest. Sur ce flan ouest, les    limites restent délicates à définir de façon précise.

 

     - les vallées de l’Isère (VI), de la Bièvre (B) et la Valloire (V) au sud.

 

    - les contreforts (piedmont) de la Chartreuse à l’est et le Guiers (frontière avec la Savoie).

 

TB

IC

PL

CBV

B

V

VI

On peut observer sur cette carte que le plateau de Chambaran est aussi une terre froide que la toponymie a épargnée.

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À la fin du XIXème siècle, après que les plans  de vignes américaines introduisirent des maladies qui ravagèrent les vignobles européens, des cépages dit « hybrides » résistants aux maladies et aux climats frais firent leur apparition (se reporter à « Le baco, le raisin qui rend fou » !) et permirent la pénétration sporadique de la vigne dans les Terres Froides.

Voilà donc nos Terres Froides délimitées et, selon le critère de la vigne avant le XXème siècle, Chirens y serait inclus.

 

La plupart des chirennois restent perplexes : « mais puisqu’on y a cultivé la vigne (même tardivement, NDR), Chirens n’est donc pas dans les terres froides ! ».

Voilà qui confirme la remarque de Saint-Olive citée plus haut sur le refus des habitants de se voir intégrés dans ce territoire au nom glacial.

 

Apportons une réponse de normand, si l’on peut dire : la Normandie, peuplée initialement de « normands » a vu sa population très largement métissée, renouvelée  au point qu’aujourd’hui on peut considérer que les « normands  d’origine » ont quasiment disparu. Faudrait-il pour autant, au prix d’un complexe découpage, en redéfinir les limites ? Ou la renommer ? Pour cette même raison et d’autres encore, parce que des facteurs ont évolué ou disparu faudrait-il redessiner ou renommer des régions, des villes, des lieux-dits ? Redessiner ou renommer le Languedoc où bien peu de personnes parlent encore la langue d’Oc, renommer  Montceau-les-Mines ou Lons-le-Saunier où l’on n’extrait plus un gramme de charbon ni de sel, ou encore renommer les hameaux de notre village, les Barreaux, le Bozon, les Galibits ou les Jolis puisque plus aucune famille portant ce patronyme n’y habite ? Évidemment, non.

 

Il faut se rendre à l’évidence : pendant des siècles les Terres Froides étaient ce territoire, incluant Chirens, dépourvu de vignes (1)  et que les cépages hybrides ont  pénétré de façon sporadique à la fin du XIXème siècle, et uniquement pour une culture vivrière. 

Historiquement, Chirens est donc bien dans les Terres Froides tout autant que Nyons est en Dauphiné et que la « Drôme provençale » est une incohérence touristique récente.

 

Reste un dernier point à régler : si cette évidence dérange mais le mensonge plus encore alors, à la question fatidique « Chirens est-il dans les Terres Froides ? », on répondra prudemment et sans autre  précision : « on est à la limite ! ».

 

 

Le baco, « le raisin qui rend fou » !

(ou comment les vignes ont pénétrées les Terres Froides)

 

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(1) En 1870, un géologue et ingénieur des mines grenoblois, Scipion Gras, désignait Saint Jean de Bournay comme étant la capitale des Terres Froides.

 

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